Vous avez demandé trois devis pour votre site. Vous les avez devant vous. Trois prix différents, trois découpages différents, trois durées différentes. Comment comparer ? Comment savoir lequel est honnête, lequel est gonflé, lequel cache des coûts ?
Voilà comment je conseille à mes clients de lire un devis de développeur freelance, vu de l’autre côté.
Le devis qui tient sur une page
Premier signal d’alerte : un devis qui tient sur une page A4 avec un total et trois lignes de description.
« Création de site internet : 4 500 €. »
C’est tout. Pas de détail, pas de phasage, pas d’estimation de temps, pas de description du périmètre.
Si vous voyez ça, refusez. Demandez le détail. Ou passez à un autre prestataire. Ce n’est pas un détail bureaucratique : c’est ce qui vous protège en cas de désaccord en cours de projet.
Les sections que je veux voir dans un devis
Un bon devis de développeur, c’est entre trois et dix pages selon la complexité du projet. Il contient au minimum sept sections.
Périmètre détaillé. Liste des pages prévues, des fonctionnalités, des intégrations. Ce qui est inclus, et surtout ce qui ne l’est pas.
Phasage. Le projet découpé en phases (cadrage, design, développement, tests, mise en ligne, accompagnement). Chaque phase avec sa durée et son coût.
Livrables par phase. À la fin de chaque phase, qu’est-ce qui est livré concrètement ? Maquettes Figma ? Préprod accessible ? Documentation ?
Calendrier prévisionnel. Date de démarrage, durée estimée, date cible de mise en ligne. Pas obligatoirement des dates fermes, mais une projection réaliste.
Conditions financières. Modalités de paiement (acompte, intermédiaires, solde), pourcentages, échéances.
Conditions juridiques. Propriété du code, propriété du contenu, durée de garantie, conditions de fin de prestation.
Hors-périmètre. Ce qui n’est pas inclus mais qui pourrait être nécessaire (rédaction des textes, photos, hébergement, maintenance, formation).
Si une de ces sections manque, demandez. Si on refuse de vous la donner, c’est un mauvais signe.
Ce qui se cache derrière le total
Sur un devis de 6 000 €, voilà ce qu’on trouve typiquement chez un freelance honnête.
Cadrage et arborescence : 500 €. Design (maquettes desktop et mobile) : 1 800 €. Intégration et développement : 2 500 €. Tests et corrections : 600 €. Mise en ligne et formation : 400 €. Total : 5 800 €.
Plus 200 € de marge raisonnable, on arrive à 6 000 €. Tout le monde est dans son tarif jour, le client voit où va l’argent.
Sur un devis flou, on aurait juste eu « Création de site internet : 6 000 € » sans pouvoir savoir si la moitié va dans le design, dans le dev, ou dans la marge.
Les pièges classiques
Trois pièges fréquents.
« Inclus : graphisme. » Le design et le graphisme prennent du temps. Si votre devis l’inclut sans le chiffrer séparément, soit le freelance est généreux, soit le design sera bâclé. Demandez combien de jours de design sont prévus.
« Maintenance comprise pendant un an. » Quelle maintenance ? Mises à jour techniques ? Corrections de bugs ? Modifications de contenu ? Il y a une grosse différence entre « garantie de bon fonctionnement pendant un an » et « modifications libres pendant un an ».
« Hébergement offert la première année. » Les frais d’hébergement sont faibles. Si on vous offre un an, c’est sans doute pour vous enfermer chez le prestataire. Renseignez-vous sur ce qui se passe la deuxième année.
Les questions à poser avant de signer
Cinq questions concrètes pour clarifier un devis.
Combien de jours de votre temps sont prévus, par phase ? Si on refuse de vous le dire, vous ne saurez pas si le tarif jour est honnête.
Que se passe-t-il si je veux ajouter une fonctionnalité en cours de projet ? La réponse honnête est « ça fait l’objet d’un avenant chiffré ». Pas « je le fais en bonus, t’inquiète ».
Que se passe-t-il si vous prenez du retard ? Y a-t-il des pénalités, des compensations ? Sur un projet à délai critique, posez la question.
Combien de cycles de retours sont inclus pour les maquettes ? Trois aller-retours maximum est standard. Au-delà, c’est facturé en supplément. Mieux vaut le savoir avant.
Qui possède le code source et les accès admin à la fin du projet ? La réponse doit être : moi, le client. C’est non négociable.
Comparer trois devis
Si vous avez trois devis devant vous à 4 500 €, 6 800 €, et 9 200 €, ne prenez pas le moins cher par défaut. Comparez sur ces axes.
Périmètre identique ? Si l’un inclut les photos pro et l’autre non, vous comparez des choses différentes.
Profil du prestataire. Combien d’années d’expérience ? Quelle est sa spécialisation ? Avez-vous vu trois projets similaires en ligne ?
Conditions de fin de prestation. Que vous reste-t-il après le projet ?
Maintenance prévue après livraison. Tarif horaire ou forfait pour les évolutions futures ?
À périmètre identique, profil identique, et conditions identiques, le moins cher est probablement le bon choix. Mais c’est rare que tout soit vraiment identique.
Mon conseil ultime
Quand vous avez choisi votre prestataire, demandez-lui de vous présenter un projet qu’il a livré, similaire au vôtre. Pas une présentation marketing, mais une vraie discussion : qu’est-ce qui a bien marché, qu’est-ce qui a coincé, qu’est-ce qu’il referait différemment ?
La qualité de cette réponse vous dira plus de choses sur la personne que toute lecture de devis.