Voilà comment je mène un projet web de la première discussion jusqu’à la mise en ligne. Pas une méthode universelle. Ma méthode, après dix ans de freelance, qui a fait ses preuves sur des dizaines de projets.
Phase 1 : la qualification (1 à 2 semaines avant signature)
Avant tout devis, j’ai au moins une vraie discussion d’une heure avec le client. En visio ou autour d’un café à Lille. Pas pour vendre, pour comprendre.
Ce que je cherche à savoir : pourquoi ce projet maintenant, qui sont les clients finaux, ce qui a déjà été tenté, le budget réel (pas la fourchette de façade), les contraintes (calendrier, équipe interne, intégrations existantes).
Si après cette heure, je sens que le projet ne me correspond pas (mauvais budget, mauvais feeling, mauvais timing), je décline en recommandant un confrère plus adapté. Mieux pour tout le monde.
Si on continue, j’envoie un récapitulatif écrit de ce qu’on s’est dit, avec mes premières réflexions sur l’approche. C’est gratuit, ça engage informellement les deux parties.
Phase 2 : le devis détaillé (3 à 7 jours après qualification)
Je ne fais jamais de devis de 30 secondes après la première discussion. Je prends le temps : je relis mes notes, j’estime sérieusement, je structure.
Mon devis fait 4 à 8 pages. Il contient le rappel du contexte et des objectifs (montre que j’ai écouté), le périmètre détaillé (ce qui est inclus, ce qui ne l’est pas), le phasage avec durée et coût par phase, le calendrier prévisionnel, les modalités de paiement, les CGV jointes.
Ça prend deux à quatre heures à rédiger. C’est gratuit. Et c’est ce qui me permet de signer 70 % des devis que j’envoie.
Phase 3 : le démarrage (semaine 1 du projet)
Acompte reçu. Le projet démarre.
Première étape : un kick-off d’une heure en visio ou en présentiel. On valide ensemble le périmètre, le calendrier, les rôles. Qui valide quoi côté client, à quelle vitesse, par quel canal de communication.
Deuxième étape : je crée tous les outils du projet. Dépôt Git privé, environnement de dev, environnement de préprod, dossier partagé pour les ressources, espace de communication (Slack ou mail selon le client).
Troisième étape : un atelier d’arborescence. On dessine ensemble la structure du site, page par page. C’est l’étape la plus négligée par beaucoup de freelances, et la plus importante. Une mauvaise arborescence se paie très cher en fin de projet.
Phase 4 : le design (semaine 2 à 3)
Je commence par un moodboard : 5 à 10 références visuelles que j’envoie au client pour valider la direction artistique. C’est rapide, ça évite de partir sur de mauvaises maquettes.
Ensuite, maquettes Figma de 4 à 8 pages clés. Pas tout le site. Les pages structurantes : home, page service principale, page produit ou cas client, page contact.
Présentation au client en visio. Retours. Itération. Validation finale.
Sur cette phase, je limite à trois cycles de retours. Au-delà, c’est facturé en avenant. Sinon, on dérive sans fin.
Phase 5 : le développement (semaine 3 à 6 ou plus selon la complexité)
Une fois les maquettes validées, je code. C’est la phase la plus longue, mais aussi la plus silencieuse côté client.
Je communique chaque vendredi un point d’avancement : ce qui a été fait, ce qui reste, ce qui se passe la semaine suivante. Cinq minutes à écrire, ça maintient la confiance.
Je déploie en préprod régulièrement (idéalement au fur et à mesure, en CI/CD). Le client peut voir l’avancement en temps réel. Pas de surprise à la fin.
Phase 6 : les tests et corrections (1 à 2 semaines avant la mise en ligne)
Quand le développement est à 90 %, j’organise une phase de recette structurée.
Le client teste avec une checklist que je fournis : navigation, formulaires, paiement (si e-commerce), responsive, SEO, accessibilité. Il liste tous les bugs ou demandes dans un fichier.
Je corrige par priorité. Pas tous les retours en même temps. D’abord les bugs bloquants, puis les ajustements UX, puis les détails graphiques.
Cette phase prend une à deux semaines. Bien menée, elle évite 90 % des bugs post-mise en ligne.
Phase 7 : la mise en ligne (jour J)
Mise en ligne planifiée à un moment calme : un mardi ou mercredi matin en général, jamais le vendredi (en cas de problème, on ne veut pas être seul le week-end).
Avant la mise en ligne : sauvegarde complète de l’environnement actuel (au cas où), vérification du DNS et de l’hébergement, vérification du SSL, préparation des redirections SEO si refonte, test final en préprod.
Le jour de la mise en ligne, je suis dispo en cas de souci. Mise en ligne effective. Tests post-mise en ligne sur le vrai domaine. Vérification des Google Analytics, Search Console, formulaires, paiement.
J’envoie au client un mail de mise en ligne avec captures d’écran, accès, et la prochaine étape.
Phase 8 : l’accompagnement (mois 1 à 3 après la mise en ligne)
Le projet n’est pas fini à la mise en ligne. Je prévois systématiquement une période d’accompagnement de 1 à 3 mois selon la complexité.
Pendant cette période, je suis dispo pour les ajustements rapides, les questions du client, les bugs qui n’apparaissent qu’en conditions réelles. Tout n’est pas inclus (les évolutions importantes sont chiffrées en avenant), mais je reste accessible.
À la fin de cette période, on fait un bilan. Ce qui marche, ce qui ne marche pas, ce qu’il faut ajuster. Souvent, ça débouche sur une mission de maintenance mensuelle ou sur de nouveaux projets.
Le secret : la rigueur, pas la créativité
Cette structure n’est pas révolutionnaire. Elle est juste rigoureuse. Et c’est précisément ce qui fait la différence avec les freelances qui s’éparpillent ou les agences qui livrent à la chaîne sans personnalisation.
Mes projets respectent à 90 % les délais initiaux. Mes clients me recommandent. Mon taux de litiges est nul. Pas parce que je suis le meilleur développeur du monde. Parce que j’applique la même méthode, projet après projet, en l’affinant à chaque fois.
Le secret du freelance qui dure, c’est rarement le talent pur. C’est la méthode.