Le débat freelance contre agence revient sur la table à chaque appel d’offres. Les agences expliquent qu’un freelance, « c’est risqué ». Les freelances expliquent qu’une agence, « c’est de l’arnaque ». Les deux ont des arguments, et les deux mentent un peu sur certaines choses.
Voilà ce que je vois après dix ans à travailler en freelance, après avoir bossé en agence avant ça, et après avoir co-géré plusieurs projets en partenariat avec des agences à Lille et à Paris.
Ce que les agences ne disent pas
Quand vous signez avec une agence à 8 000 € pour un site, environ la moitié de la somme va dans la structure : commercial, locaux, chef de projet, comptable, responsable studio, machine à café. La moitié restante va dans la prod. Sur 8 000 € facturés, vous payez réellement 4 000 € de travail.
Ce n’est pas illégitime en soi. Une agence offre une garantie de continuité, plusieurs interlocuteurs, des processus, parfois une vraie expertise stratégique transverse. Mais factuellement, vous payez la structure autant que le travail effectué.
L’autre chose qu’on vous dit rarement, c’est qui va vraiment travailler sur votre projet. Vous rencontrez un chef de projet sénior, parfois le directeur. La production, elle, est souvent confiée à des juniors, voire à des stagiaires sur les missions à petit budget. Le sénior repassera deux heures pour valider en fin de phase. C’est l’organisation classique de la majorité des agences à Lille comme ailleurs, ce n’est pas une critique, c’est un fait.
Ce que les freelances ne disent pas
De l’autre côté, les freelances ne sont pas tous à mettre dans le même panier. Il y a trois grandes catégories.
Le freelance débutant qui a acheté une formation à 2 000 €, qui sait monter un thème WordPress préfait, et qui se vend « développeur web ». Compétence réelle : faible. Tarif annoncé : très bas. Risque pour vous : élevé. Ce profil pullule sur LinkedIn et Malt depuis trois ans.
Le freelance expérimenté qui a fait dix ans en entreprise ou en agence avant de se mettre à son compte. Compétence réelle : forte. Tarif jour entre 450 et 700 €. Risque : faible si la personne est sérieuse, vérifiable et joignable.
Le freelance intermédiaire qui a deux ou trois ans d’expérience et qui est correct sur certains projets, médiocre sur d’autres. C’est le profil le plus difficile à évaluer pour un client non technique.
Les agences regroupent les deux derniers profils en interne, avec une supervision sénior. Le freelance, vous devez l’évaluer vous-même.
Le vrai facteur de risque
On présente le freelance comme « risqué » parce qu’il peut tomber malade ou disparaître. C’est vrai. Mais une agence peut très bien remplacer le développeur qui s’occupe de votre projet par un junior sans rien vous dire, ou faire faillite, ou se réorganiser au point que votre projet est noyé pendant trois mois. J’ai vu les deux cas.
Le vrai facteur de risque, ce n’est pas freelance ou agence. C’est : est-ce que la personne qui parle votre langue technique a vraiment fait ce travail dix fois auparavant ?
Dans une agence : qui code mon projet, et depuis combien d’années il fait ce métier ?
Avec un freelance : montrez-moi trois sites en production que vous avez livrés dans les douze derniers mois, et donnez-moi le contact d’un de ces clients pour que je l’appelle.
Les bonnes réponses à ces questions trient dix fois mieux que la nature juridique du prestataire.
Pour quel projet l’un ou l’autre
Je vais être honnête sur les cas où je dis non aux clients moi-même.
Un projet à 25 000 € avec une équipe interne de cinq personnes, des intervenants côté marketing, côté juridique, et un calendrier serré : freelance solo n’est pas le bon choix. Vous avez besoin de quelqu’un qui coordonne. Une agence, ou un collectif de freelances structuré, est plus adapté.
Un projet à 50 000 € qui touche à votre cœur de métier, votre logiciel principal, votre processus de vente unique : prendre une agence avec qui vous avez confiance est rassurant si vous n’avez pas d’équipe technique en interne capable de challenger.
Un site vitrine à 4 000 €, un e-commerce démarrage à 6 000 €, une refonte à 8 000 €, une application interne à 15 000 € : un bon freelance fera mieux qu’une agence, à prix égal ou plus bas. Vous parlerez directement à la personne qui code, vous gagnerez du temps dans les boucles de validation, et vous récupérerez un meilleur résultat.
Comment choisir vraiment
Je conseille toujours la même chose. Demandez à la personne qui vous fera le devis, agence ou freelance, trois choses concrètes.
Le portefeuille concret : pas du print, pas du logo, pas du brief créatif, mais trois sites en ligne en ce moment qu’elle a réellement codés ou supervisés directement.
Les tarifs jour réels. Si on vous donne un forfait sans détail, demandez le détail. Combien de jours de design, combien de jours de dev, combien de jours de tests, combien de jours de mise en ligne, combien de jours de maintenance.
Le contrat. Qui possède le code après le projet ? Que se passe-t-il si vous partez chez quelqu’un d’autre dans deux ans ? Qui répond si une faille de sécurité est découverte six mois après la livraison ?
Ces trois questions trient mieux que n’importe quel critère freelance contre agence.