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Sous-traiter ou ne pas sous-traiter

À un moment, le freelance qui marche est confronté à un dilemme : il a plus de demandes qu’il ne peut traiter seul. Trois options. Refuser des projets. Augmenter ses tarifs (et certains partiront). Ou sous-traiter.

J’ai testé les trois en dix ans. Voilà ce que j’en ai retenu.

Pourquoi sous-traiter, vraiment

D’abord, clarifier le bénéfice attendu. Sous-traiter, c’est faire faire une partie du travail par un autre freelance pour libérer du temps ou compléter une compétence qu’on n’a pas.

Trois bénéfices possibles.

Bénéfice 1 : prendre plus de projets sans saturer. Vous gardez le pilotage, un autre fait une partie de l’exécution.

Bénéfice 2 : couvrir des compétences que vous n’avez pas. Vous êtes développeur, votre client veut aussi du design : vous sous-traitez le design à un designer.

Bénéfice 3 : monter en gamme. Vous facturez le client à un certain tarif, vous payez le sous-traitant moins cher, vous prenez la marge sur la coordination et la qualité globale.

Mais ces bénéfices ont un coût qu’on sous-estime souvent.

Les coûts cachés de la sous-traitance

Trois coûts que j’ai appris à mes dépens.

Coût 1 : la coordination prend du temps. Briefer, suivre, valider, corriger, c’est du travail. Sur certains projets, j’ai passé autant de temps à coordonner qu’à coder moi-même. Le bénéfice net était nul.

Coût 2 : la qualité n’est jamais garantie. Même avec un freelance que vous connaissez bien, son rendu n’est pas exactement le vôtre. Vous devez réviser, adapter, parfois refaire des morceaux. C’est encore du temps.

Coût 3 : la responsabilité reste à vous. Si le sous-traitant rate son travail, le client se retourne contre vous, pas contre lui. Vous payez le sous-traitant, et vous compensez le client. Double peine.

J’ai eu un projet en 2023 où le sous-traitant a livré un travail bâclé. J’ai dû refaire les deux tiers. Coût pour moi : 2 800 € au sous-traitant plus 12 jours de mon temps à corriger. Marge sur le projet : négative.

Quand sous-traiter marche bien

J’ai identifié quatre conditions pour que la sous-traitance soit rentable.

Condition 1 : vous travaillez avec le même sous-traitant régulièrement. Une relation établie, où chacun connaît les standards de l’autre, fonctionne mille fois mieux qu’une mission ponctuelle.

Condition 2 : le périmètre est clairement délimité. Vous sous-traitez une tâche précise, pas un projet flou. « Refais cette page de checkout » plutôt que « optimise le site ».

Condition 3 : la marge couvre vraiment le coût de coordination. Si vous facturez 5 000 € au client pour ce que vous sous-traitez à 4 200 €, votre marge nette après coordination sera nulle. Il faut au minimum 30 à 40 % de marge brute pour que ça vaille le coup.

Condition 4 : vous gardez le pilotage. Le sous-traitant n’est pas en contact direct avec le client. Toutes les communications passent par vous. Sinon, vous perdez le contrôle.

Comment je sous-traite en pratique

J’ai stabilisé un mode opératoire en cinq points.

Un : un brief écrit ultra-détaillé. Pas un mail vague, mais un document avec contexte, objectifs, livrables attendus, format, deadline, budget. Le brief prend une heure à écrire et économise dix heures de quiproquos.

Deux : un acompte au sous-traitant. 30 % à la commande. Pas par convention sociale, mais parce que c’est le standard du métier et que je m’attends à être traité comme moi-même je le suis.

Trois : des points de validation intermédiaires. Pas une livraison finale après 15 jours de silence, mais un point à mi-parcours pour ajuster si nécessaire.

Quatre : une relecture systématique avant de livrer au client. Je ne livre jamais quelque chose que je n’ai pas vu. Si c’est mauvais, je préfère faire refaire (ou refaire moi-même) plutôt que de transmettre tel quel.

Cinq : un retour structuré au sous-traitant après le projet. Ce qui a marché, ce qui n’a pas marché, ce qu’on ferait différemment la prochaine fois. Ça améliore la prochaine collaboration.

Quand ne pas sous-traiter

Trois cas où je préfère refuser un projet plutôt que de sous-traiter.

Cas 1 : le client a choisi de travailler avec moi pour ma personne. Si le client me dit « je te paie parce que c’est toi qui fais », sous-traiter trahit la confiance. Mieux vaut décliner.

Cas 2 : le projet exige une compétence complètement extérieure. Je ne suis pas designer. Si un client veut un site avec un design ambitieux, je préfère le rediriger vers un studio plutôt que de sous-traiter le design moi-même. Le résultat sera meilleur.

Cas 3 : la marge est trop faible pour absorber les imprévus. Si je sous-traite à 80 % du tarif que je facture, le moindre incident me met dans le rouge. Sur ces budgets serrés, mieux vaut refuser.

L’alternative : le collectif

Une option intéressante quand on devient trop chargé : monter ou rejoindre un collectif de freelances complémentaires.

Au lieu de sous-traiter, on co-traite. Chacun signe sa partie du devis directement avec le client. Plusieurs freelances, un seul projet, pas de pyramide.

J’ai expérimenté ça sur deux projets en 2024 avec deux autres freelances de la métropole lilloise. Bilan : très positif. Chacun garde son indépendance, sa relation client, sa marge. Et la coordination est plus légère qu’en sous-traitance pure.

Ma conclusion

Pour 70 % des freelances que je connais, sous-traiter n’est pas la bonne réponse à la saturation. La bonne réponse, c’est augmenter ses tarifs (filtrer les projets), apprendre à dire non, ou s’organiser pour livrer plus vite avec son propre temps.

Pour les 30 % restants qui ont vraiment besoin de scaler, la sous-traitance bien gérée est un levier. Mais ça demande des compétences de management de projet qu’on n’a pas naturellement.

Si vous envisagez de sous-traiter, commencez par une mission ponctuelle avec un freelance que vous connaissez. Mesurez le bénéfice net. Si c’est rentable, continuez. Sinon, posez-vous la vraie question : est-ce que la sous-traitance est vraiment ma solution, ou est-ce que je devrais réinventer mon offre ?