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UX writing : les mots qui font cliquer

L’UX writing, c’est l’art d’écrire les textes courts d’une interface : libellés de boutons, messages d’erreur, titres de sections, microcopies de formulaires. Personne ne les lit consciemment. Tout le monde les ressent.

Sur les projets que j’accompagne, le travail d’UX writing est souvent ce qui fait la différence entre un site moyen et un site qui convertit. Et c’est un investissement dérisoire en temps et en argent.

Pourquoi les libellés comptent autant

Trois raisons.

Première : ils orientent l’action. « Découvrir nos services » n’engage pas autant que « Voir comment je peux vous aider ». Le deuxième est plus humain, plus direct.

Deuxième : ils rassurent ou inquiètent. « Soumettre » sur un formulaire de devis, c’est froid, administratif. « Recevoir mon devis » est concret, gratifiant. Le second engage plus.

Troisième : ils définissent le ton de votre marque. Un bouton qui dit « Continuer » donne une impression neutre. Un bouton qui dit « On y va » donne une personnalité.

Sur un parcours de plusieurs pages, ces choix se cumulent. Cinq libellés bien choisis valent mieux qu’un design retravaillé.

Les pièges les plus fréquents

J’ai listé ce que je remplace systématiquement sur les sites de mes clients.

« Cliquez ici » : remplacer par un libellé qui décrit l’action ou la destination. « Voir tous nos tarifs », « Lire l’étude de cas », « Demander un devis ».

« En savoir plus » : trop générique. Préférer « Lire l’article complet », « Comprendre notre méthode », « Découvrir l’offre Premium ».

« Soumettre » ou « Envoyer » : remplacer par ce que ça produit. « Recevoir mon devis », « Réserver le rendez-vous », « Recevoir le guide ».

« Erreur » ou « Erreur 404 » : remplacer par quelque chose d’humain. « Cette page n’existe plus, mais on peut vous aider à trouver ce que vous cherchez. »

« Champs obligatoires marqués d’un astérisque » : trop austère. Préférer une indication contextuelle directe.

Les principes que j’applique

Cinq règles qui guident mes choix.

Règle 1 : utiliser le verbe d’action attendu par l’utilisateur. Pas « soumettre », mais ce que ça fait pour lui : « réserver », « recevoir », « voir », « calculer », « obtenir ».

Règle 2 : être spécifique. « Voir nos tarifs » plutôt que « Plus d’infos ». Plus c’est précis, plus l’utilisateur sait ce qui va se passer après le clic.

Règle 3 : être bref. Un libellé de bouton dépasse rarement 4 mots. Au-delà, on perd l’efficacité.

Règle 4 : adresser l’utilisateur, pas la marque. « Trouvez votre formule » plutôt que « Notre offre ». L’utilisateur se sent concerné.

Règle 5 : varier le ton selon le contexte. Une page d’erreur peut être chaleureuse (« On dirait qu’on s’est égarés »). Un message critique sur un paiement doit être direct (« Votre paiement n’a pas été pris en compte »).

L’effet sur la conversion

Sur un client e-commerce en 2024, on a retravaillé uniquement les libellés des boutons et les messages d’erreur du tunnel d’achat. Aucun changement de design, aucun changement de fonctionnel. Deux jours de travail sur le wording.

Avant : « Continuer » sur les boutons d’étape, « Erreur de paiement » sur les messages d’échec, « Soumettre la commande » sur le bouton final.

Après : « Étape suivante » sur les étapes (avec indicateur visuel d’avancement), « Votre paiement n’a pas pu être validé, on vous propose une autre solution » sur les échecs, « Confirmer ma commande » sur le bouton final.

Résultat sur deux mois : taux de conversion checkout plus 18 %. Aucune autre modification. Coût de l’intervention : 1 200 €.

L’UX writing pour les messages d’erreur

Les messages d’erreur sont un des sujets les plus négligés et les plus impactants.

Mauvais message : « Erreur. Veuillez réessayer. »

Bon message : « Le numéro de carte n’a pas été reconnu. Vérifiez les chiffres et réessayez. »

Mauvais message : « Format invalide. »

Bon message : « L’email semble incomplet. Pensez au @ et au .com. »

Un bon message d’erreur explique le problème, donne la solution, et garde un ton humain. Il ne fait pas culpabiliser l’utilisateur. Il l’aide.

Sur un client à Tourcoing en 2023, on a retravaillé les 30 messages d’erreur du formulaire de commande. Le taux de complétion du formulaire est passé de 64 % à 78 %. 14 points gagnés juste sur la qualité des erreurs.

L’UX writing pour les CTAs

Un bouton CTA bien écrit, c’est un mini argument de vente.

Mauvais : « Acheter maintenant » (générique, neutre).

Mieux : « Commander mon coffret » (personnalise, valorise l’objet).

Encore mieux : « Recevoir mon coffret jeudi » (ajoute une promesse temporelle).

Le mot juste à la place juste change la décision.

Comment travailler son UX writing

Vous n’avez pas besoin de devenir copywriter. Trois méthodes simples.

Méthode 1 : tester à voix haute. Lisez chaque libellé à voix haute. Si vous trouvez ça bizarre, l’utilisateur aussi. Si vous diriez ça naturellement à quelqu’un dans la rue, c’est probablement bon.

Méthode 2 : la règle du copain. Imaginez que vous expliquez votre site à un copain non-technicien. Que diriez-vous pour le bouton « S’inscrire » ? Probablement pas « S’inscrire ». Probablement « Crée ton compte en 30 secondes » ou « Rejoins-nous gratuitement ».

Méthode 3 : tester deux versions. Si vous hésitez entre deux formulations, faites un A/B test. La donnée tranchera. Mais souvent, l’intuition humaine suffit.

L’UX writing à l’échelle d’un site

Sur un site de 10 pages avec 5 boutons par page et 3 messages d’erreur par formulaire, vous avez vite 200 micro-textes à réfléchir. Un travail systématique d’UX writing prend une à deux journées sur ce volume.

Coût : 500 à 1 500 €. Impact : significatif sur la conversion globale, surtout sur les pages de transformation (tunnel d’achat, formulaires de contact, prise de rendez-vous).

C’est un des meilleurs ratios investissement / résultat de tout ce que je fais. Quand un client me demande « qu’est-ce qu’on peut améliorer sur le site sans le refaire ? », l’UX writing est presque toujours dans la liste.

La phrase qui guide

Quand vous écrivez un libellé, demandez-vous : si je devais convaincre quelqu’un de cliquer, qu’est-ce que je lui dirais ? Pas en langage marketing. En langage humain, direct, simple.

Cette phrase devient votre libellé. Et votre site se met à parler comme une vraie personne, pas comme un formulaire administratif.